| Breudoù sevenadurel Breizh Assises culturelles bretonnes
La Bretagne existe : produit
de l’histoire, de la géographie et de la créativité de
ses habitants, elle s’exprime à travers une
culture originale reconnue par l’Etat, la Région
et les cinq départements bretons en 1977 dans la
Charte culturelle de Bretagne.
Elle se distingue aussi par la vigueur de son tissu associatif, notamment dans
les domaines de la culture, de l’environnement, de l’action humanitaire économique
et sociale ou bien encore des échanges internationaux. Les Assises de
1997 (qui avaient débouchées sur la publication d'un livre blanc "Une
culture bretonne pour le XXIe siècle" avaient déjà établi
la liste des réussites, des réalisations et aussi des souhaits
du mouvement culturel : que reste-t-il aujourd'hui à accomplir ? N'y a-t-il
pas eu régression dans de nombreux domaines ? Comment surmonter les blocages
?
La Bretagne souffre.
Elle pâtit lourdement d’un modèle imposé prétendument
fondé sur un “pacte social auquel chacun adhère librement“ mais
qui prescrit en réalité à chacun l’identité,
l’histoire et les mythes conçus par une élite nationale
restreinte, autoproclamée “républicaine“.
Elle souffre de l’impossibilité d’enseigner son histoire
et sa culture, de prendre en charge réellement l’avenir de ses
langues spécifiques, breton et gallo, de disposer de radios et télévisions
propres comme les autres régions européennes semblables, du maintien
de la séparation de la Loire-Atlantique depuis le régime de Vichy,
autant d'interdits révélateurs d'un véritable et cruel
manque de démocratie.
Endurant gravement ce qu'endurent d'autres dans des contextes qui traduisent
aussi les limites du modèle évoqué, elle perdure néanmoins
dans le maintien de conduites sociétales fondées sur le respect,
la solidarité et la reconnaissance de la personnalité et de la
dignité de chaque être humain.
Le modèle pyramidal et archaïque d’Etat-nation s'inscrit
bien aujourd'hui plus que jamais à contre-courant des modèles
démocratiques européens, du principe juste et efficace de subsidiarité et
de la volonté de construire une communauté européenne
solidaire, respectueuse dans les faits comme dans les principes du droit à la
diversité et des autonomies locales et régionales, outils précieux
de l'intelligence et de l'initiative féconde des citoyens.
En comparaison des autres communautés régionales d’Europe,
comme le Pays de Galles, l’Ecosse, la Catalogne, le Pays Basque, la Galice,
les régions d’Italie, ou les länder d’Allemagne, la
Bretagne (à l'instar des autres régions françaises) accuse
malgré son excellence intellectuelle, culturelle et économique,
un déficit considérable en termes de capacité légale
et budgétaire d’intervention, de liberté d’expression
de son identité et aussi de présence dans les principaux média
: cela se traduit notamment par une carence en emplois de niveau décisionnel,
par l'exode des talents et par un taux record des conduites autodestructrices
dans la jeunesse.
Alors même que la peur de la mondialisation et une certaine perte de
repères nourrissent çà et là (parfois même
sous de faux nez) les crispations de nationalismes chauvins, nous appelons
au contraire au cours de ces Assises de la culture bretonne à réfléchir à l'élaboration
d'un projet plus démocratique, plus solidaire et plus respectueux des
identités culturelles et de l’universalité des droits de
l’homme en Bretagne et en France comme en Europe.
|